Une entrée de Jeanne d’Arc à l’Ecole normale ?
La rumeur prenait, on entendait des voix, puis des cartons sortaient, provoquant une certaine inquiétude, d’un déménagement en vue. Impasse Jean Bouvet, près de la MJC de l’Héritan, le bâtiment public du département qui accueillait auparavant l’Ecole normale d’instituteurs vient d’être vendu, ou tout du moins prévu à la vente.
[Article initialement publié le 1er avril 2026. Mis à jour le 20 avril et le 2 mai 2026]
Cette vente au diocèse d’Autun, pour le transfert de l’école privée Jeanne d’Arc, s’opère après l’échec pour celle-ci du projet de Flacé [1]. Alors que la structure actuelle de l’école est trop petite et qu’elle connaît des soucis relatifs aux normes de sécurité, le diocèse s’en va rénover un bâtiment. Il reste peu de temps à l’école Jeanne d’Arc pour trouver une solution : c’est pour elle soit un déménagement soit une disparition.
Un bâtiment de 1866, ancienne Ecole normale
Le conseil départemental acte un passage du public, pas seulement au privé, mais au religieux, et ce dans un mouvement symbolique important, quand on sait ce que fut ce bâtiment pendant 110 ans [2].
En octobre 1833, une première Ecole normale d’instituteurs ouvrait à Mâcon dans un ancien couvent, aujourd’hui Maison des Saints Anges près de la Préfecture. En 1843, elle passait dans un ancien couvent d’Oratoriens, entre la rue des Gîtes et la rue de Strasbourg. Puis en avril 1866 on opère un nouveau transfert, dans un nouveau bâtiment du Conseil général, celui qui vient d’être prévu à la vente. L’Ecole normale d’institutrices, elle, s’installe en 1872 près de l’emplacement de l’actuel INSPÉ (ex-IUFM), puis dans le bâtiment devenu INSPÉ, construit en 1880. L’Ecole normale d’instituteurs reste alors à l’Héritan jusqu’en… 1976 ! C’est l’heure alors de la fusion, pour une Ecole normale mixte de Mâcon qui s’installe dans l’actuel INSPÉ.
Sur la forme, tout a été caché au sujet de cette vente prévue, que ce soit dans le budget 2026, sans grandes clartés, que ce soit dans les documents de l’Assemblée départemental, obligeant à visionner l’intégralité de 6h30 de session pour trouver l’endroit… Les délibérations des AD précédentes sont plus ou moins toutes publiques, mais par centaines et sans aucune recherche plein texte possible, rendant le corpus impossible à exploiter pour quelque citoyen que ce soit… À bonne école de l’opacité, la majorité départementale obéit à la réglementation sans permettre un véritable accès, une prouesse technique bien problématique.
Une vente au rabais ?
et l’école annexe
Lors de l’Assemblée départementale du 27 mars 2026, le conseiller départemental Anthony Vadot a présenté ce projet de vente [3]. Il s’agit d’une parcelle de 14 119 mètres carré, avec un découpage parcellaire prévu, après confirmation du souhait d’acquisition par l’Association des institutions d’enseignement catholique du diocèse d’Autun en septembre 2025, pour un montant de 690 000 euros, pour le transfert de l’école Jeanne d’Arc actuellement rue de la Paix. Selon nos informations, le coût financier global pour le diocèse, comprenant la réhabilitation, serait de 1,8 millions d’euros. Sur la même parcelle, qui serait donc découpée, cohabite l’école annexe. A priori non menacée, en tant qu’école d’application toutefois elle est amenée à disparaître, avec des postes spécialisés dont le remplacement n’est pas garanti, ce qui réduit à peu l’avenir de la structure dans sa globalité.
Le rapport indique que le département n’a aucun intérêt à garder le bien à vendre, avec des coûts d’entretien non négligeables. Il a été demandé à l’Assemblée d’approuver cette vente, en étant conforme à l’avis des domaines de l’État. L’avis était favorable à la majorité des membres de la commission des finances, avec alors abstention du groupe Gauche 71 (mais qui a voté pour lors de l’Assemblée).
Jean-Luc Fonteray, du groupe Gauche 71, a indiqué pendant la session que le prix était bas, de 305 euros le mètre carré (pour un peu plus de 2000 mètres carré de surfaces), pour un bâtiment « de caractère », dans la fourchette de l’estimation des Domaines mais sur une seule proposition d’achat. Notons que les ventes récentes sur cette section donnent un prix au mètre carré de 1 850 euros [4], à ramener bien sûr à l’état des bâtiments, sans pour autant que ce bâti soit actuellement à l’abandon. Par ailleurs Jean-Luc Fonteray a précisé qu’il n’y avait eu aucune publicité sur cette vente, quand bien même ce n’est pas obligatoire, alors que ç’aurait peut-être permis d’autres propositions. L’affaire a été très confidentielle, plus simplement, sans communication préalable aux élus ou aux citoyens.
Anthony Vadot, minorant l’importance de cette cession, a répondu qu’il n’est pas certain que des investisseurs souhaitent ce type de bâtiment, mais surtout qu’il l’a visité, il y a longtemps, et avec l’idée qu’il vallait mieux se séparer d’un bien lourd à remettre aux normes… Il y a si longtemps qu’il l’a visité qu’il ne paraît pas au courant des rénovations et mises aux normes qui y ont été effectuées il y a moins de cinq ans, sur une partie de l’espace. Il sous-entend que le bâtiment n’a aucune utilité, alors qu’il est bel et bien occupé, loin d’être à l’abandon, notamment au-rez-de-chaussée : ascenseur neuf, salles de formation, atelier Canopé, FabLab. On est bien loin de la ruine… Abandonner au culte un établissement public récemment rénové avec des subventions publiques, ce n’est pas rien...
Quel avenir pour les associations et… la circulation ?
Le problème se pose de l’accompagnement des dix structures qui occupent le bâtiment, partenaires des pratiques départementales, obligées donc de déménager avant même ce vote en Assemblée.
Sur l’ancienne Ecole normale, se sont ainsi installés notamment le CDDP, devenu Canopé [5], l’antenne mâconnaise des Francas [6], l’antenne UFC Que Choisir devenue Que Choisir Ensemble [7], le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF), un bureau de Maisons Familiales Rurales (MFR), le Groupe Apsalc pour le retour à l’emploi [8], le Sydro71 [9], avec par ailleurs des salles de formation pour les personnels du Ministère de l’Education nationale. Les associations encore présentes en 2025 ont aussi d’abord entendu des voix, jusqu’à ce qu’un agent du département leur demande de quitter les lieux avant la rentrée de septembre 2026.
Les structures qui nous ont répondu sont encore dans l’inconnu quant à leur avenir, la Ville de Mâcon et le département se renvoyant la balle, avec tout de même idée que ce serait ce dernier qui les logerait dans d’autres espaces.
Par ailleurs, si la circulation posait problème près de l’école Jeanne d’Arc au square de la paix, on crée ici une concentration scolaire qui ne sera pas sans poser souci, dans un espace déjà saturé à certaines heures du fait du voisinage existant entre la cité privée Ozanam et le collège public Pasteur. C’est à ce sujet que le dossier bloque, sans que ce fut évoqué en Assemblée départementale, la Ville de Mâcon demandant au diocèse de financer des travaux de voirie, en partie sur la parcelle cédée, avec un doublement de voie, empiétant sur la parcelle, et un rond-point, un giratoire, ce qui se chiffre à environ 800 000 euros, une dépense lourde en complément de l’achat et de la réhabilitation.
En l’état, si le département a voté la vente, il n’y a rien d’acté, sauf le déménagement effectif et en cours des associations et autres structures… Sans considérer l’histoire du lieu, son caractère, son utilité, sa valeur, le département, au prétexte de besoins d’argent, se débarrasse, ou tente de se débarrasser de son patrimoine. Les investissements récents sur la parcelle doivent être toutefois questionnés, encore faut-il y avoir accès, de même que la procédure confidentielle de cette potentielle transaction...
Episode 2 : « la Commune n’est aucunement partie prenante, ni concernée » !
Mise à jour du 20 avril 2026
En séance du Conseil municipal le 8 avril 2026, Sébastien Jarjat, élu d’opposition, a posé une question diverse sur le sujet du relogement des associations qui doivent quitter l’ancienne Ecole normale. Tandis que les élus de la majorité auraient simplement pu expliquer que c’était du ressort du département et que la Ville de Mâcon pouvait échanger avec ces associations, comme nous l’avons écrit ici, et comme Catherine Carle-Viguier l’a fait dans un deuxième temps, le premier temps de réponse a été quelque peu étonnant...
Ainsi Yoann Charlot, 1er adjoint, a fait un rappel au règlement, rien que cela, expliquant que la question ne respectait pas l’article 16 du règlement intérieur qui stipule que « les conseillers municipaux ont le droit d’exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune », alors que selon lui la question a trait, ouvrons les guillemets, à « une vente entre le Département et l’ASIECDA dans laquelle la Commune n’est aucunement partie prenante, ni concernée ». Si Charlot chipote ensuite sur le fait que la question n’a pas été correctement remise, c’est tout de même l’idée que la Ville de Mâcon n’est pas concernée par un éventuel départ de Canopé, de l’antenne mâconnaise des Francas, de l’antenne UFC Que Choisir devenue Que Choisir Ensemble, du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF), etc., qui pose question... Ce ne sont pas les affaires de la commune ?
Charlot ne le pense peut-être pas vraiment. Peut-être Charlot fait du cinéma, montrant là pour la première fois une forme d’autorité, conclue par deux phrases mêlant rigueur et mansuétude : « Je vous invite à l’avenir à respecter le règlement intérieur de la commune. A titre exceptionnel, je demande cependant à Mme Carle Viguier de vous apporter des éléments d’information sur ce dossier. »
Episode 3 : quand le Commune achète le reste de la parcelle !
Mise à jour du 2 mai 2026
Le sujet concerne si peu la Ville de Mâcon, qu’on apprend en Conseil municipal du 20 avril 2026 que le Département va finalement se débarrasser de toute la parcelle 165, avec un achat du reste du terrain et des bâtiments par la Commune de Mâcon. Quand la décision est mise à la discussion et au vote, d’ailleurs, MM. Courtois, Charlot, Reynaud, ainsi que Mme Canet, doivent quitter l’assemblée, par conflit d’intérêt, comme ils sont élus ou travaillent au Département.
Jeanne d’Arc, en rouge pour la Ville de Mâcon)
fonds de carte : IGN Geoportail
Cet achat par la Ville, il concerne l’école annexe, son parking, sa cour, pour l’euro symbolique. En effet, la Ville en disposait déjà à titre gratuit, et la convention qui avait été conclue avec le Département permettait d’en arriver à cette transaction. La Ville acquiert également le bâtiment attenant au 22 bis rue de l’Héritan, qui renferme actuellement deux organismes, la « Maison des Ados » [10] et le « Dispositif Relais » de la PJJ et de l’Education nationale [11]. Ce dernier bâtiment est acheté pour 500 000 euros, et ce alors qu’il n’y a « pas de projet précis », d’après Mme Catherine Carle Viguier, 2ème adjointe, notamment chargée de la vie scolaire et périscolaire, de la politique éducative. En tout ce sont 9 000 mètres carré de terrain qui sont achetés dans cette parcelle.
Mme Carle Viguier a été moins sèche que M. Charlot quand il s’est agi de regretter le départ de la « Maison des Ados » et du « Dispositif Relais » du fait de l’achat. Les deux structures sont effectivement priées de quitter les lieux d’ici 18 mois, le temps que le Département s’occupe, en particulier avec l’Etablissement Public de Santé Mentale de Saône-et-Loire (Sevrey), en charge des suivis dans la Maison des Ados, de leur trouver d’autres lieux. Là semble-t-il la question ne relève pas simplement du Département...








