Municipales 2026 (3/3). Deux listes à gauche, pour le meilleur ou pour le pire ?

, par La Rédaction

Deux listes de 39 noms, voilà entre quoi les électeurs de gauche de Mâcon vont devoir choisir. Malgré quelques différences, les deux programmes sont globalement très proches.

Déjà deux fois candidate, sans passer le premier tour, à 7,5 % en 2014 (quand la liste menée par le Parti socialiste faisait 20 %) et 29 % en 2020 (alors sans autre liste à gauche), Eve Comtet Sorabella, du Parti communiste français (PCF), est passée près de ne pas être candidate en 2026, avec une élection interne à Mâcon Citoyens qui, si elle l’a désignée d’une courte tête, n’en a pas moins laissé des amertumes internes. La liste est alors devenue Mâcon dynamique et populaire (MDC). Les cadres locaux d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) ont décidé de rallier la liste, et d’abord engagés, puis désengagés, les militants de la France insoumise (LFI) n’ont pas réussi à constituer de liste et ont finalement aussi rejoint le PCF, tardivement mais jusqu’à être bien plus présents sur la liste que les Ecologistes, avec 13 candidats LFI contre 3 écologistes.

Malgré l’étiquette du parachuté, Emile Blondet s’appuie sur un Parti socialiste (PS) local nombreux, tout en allant chercher des alliés de gauche à Mâcon, ainsi des Ecologistes également, autant que dans la liste MDC mais sans le soutien officiel du parti, et des individus d’autres mouvements de gauche, plus ou moins radicaux, dans sa liste Mâcon Demain, avec nombre d’engagés associatifs, des fonctionnaires et des cheffes et chefs d’entreprise, entre autres diversités... Certains comparent M. Blondet au personnage Harry Potter, sans qu’on sache si c’est négatif ou positif : il y aurait peut-être besoin d’un magicien à Mâcon, plutôt que d’hypnotiseurs. D’autres, qui se veulent encore plus lettrés, font référence à un personnage éponyme de Balzac, que chacun jugera comme ambitieux ou désinvolte.

Quand bien même il y eut des appels à l’union des différents camps, surtout qu’ils sont à peu de choses près sur la même ligne politique au niveau local, les deux têtes de liste ont décidé de partir chacune de son côté, quitte à réduire les chances d’une alternance qui pouvait être envisagée après 24 ans de règne de la droite. La dernière option, c’est celle d’une alliance si jamais il y a un deuxième tour, que tout électeur de gauche, et que tout citoyen lassé de M. Courtois, peut légitimement attendre.

Deux programmes de gauche

Les deux listes, sans surprise, présentent un programme de gauche. Emile Blondet met en avant la santé, avec un centre de santé municipal, quand bien même il existe un centre départemental, mais aussi une mutuelle municipale, et une défense de l’hôpital mais sans grandes précisions. En matière de sécurité, il propose d’augmenter les effectifs de la police municipale, avec 13 agents supplémentaires (quand Eve Comtet Sorabella en propose 10). Tous deux gardent le principe d’une absence d’armes. Les incivilités sont ciblées, notamment pour les deux candidats en augmentant les effectifs pour faire de la prévention, et pas seulement de la répression ponctuelle en effectifs très réduits. Emile Blondet propose un travail plus approfondi qu’actuellement avec la préfecture de police et le procureur de la République, ainsi par exemple pour le contrôle des commerces qui procéderaient à du blanchiment d’argent dans le trafic de drogues.

Pour le logement, Emile Blondet veut lutter contre la vacance, qui a toutefois diminué en six ans, réguler les AirBnB (qui représentent environ 300 logements, contre moins de 800 chambres d’hôtel), ou encore, sujet de véritables plaintes, améliorer les échanges des locataires avec Mâcon Habitat. Le travail avec Mâcon Habitat est aussi considéré par Eve Comtet Sorabella, notamment pour la rénovation, en outre une politique volontariste contre les logements indignes, et la même volonté contre les AirBnB. Les transports sont aussi considérés comme une priorité, par les deux candidats, avec pour Emile Blondet un réseau de bus à revoir dans sa globalité, une meilleure sécurisation des déplacements, en général, concrètement pour une meilleure cohérence des pistes cyclables, sans coupures. Eve Comtet Sorabella s’engage pour la gratuité totale des transports en commun, et veut réduire les voies de circulation sur les quais de Saône, revoir l’ensemble du plan de circulation de la ville, réduire les poids lourds, par ailleurs rénover la place de la Barre (un sujet toutefois très complexe avec les commerçants pendant les mandats de M. Courtois), ou encore améliorer les espaces verts et installer des fresques pour valoriser l’histoire de la ville.

La question écologique, pour Emile Blondet, relève de l’utilisation des friches existantes plutôt que d’une artificialisation des sols, en essayant donc d’allier développement économique et protection de l’environnement. A ce sujet, la ville même de Mâcon apparaît comme pauvre en terrains disponibles, avec tout de même quelques pistes possibles pour des projets. C’est aussi assurer ce que la ville de Mâcon n’a pas su faire, une alimentation bio et locale à la hauteur des attentes nationales dans les cantines scolaires. Emile Blondet et Eve Comtet Sorabella partagent la volonté d’une ville plus verte et plus saine que celle laissée par Jean-Patrick Courtois.

Les mesures économiques, avec une continuité pour le soutien à l’installation d’entreprises, s’attardent pour Emile Blondet surtout sur le commerce, vers une baisse des loyers qui passe par une difficile acquisition des fonds de commerce, vers une maîtrise des Halles Saint-Pierre après des années de soubresauts, vers une aide aux commerçants dans leurs démarches (proposition commune aux deux candidats), un stationnement davantage gratuit, l’ambition d’un pôle universitaire (malgré les tentatives avortées du député Dirx, malgré la proximité de Dijon et Lyon, quand M. Delcroix spécifie ce pôle à l’hospitalier, projet non moins complexe). Les questions de solidarité sont mises en exergue, avec un soutien aux personnes seules, aux familles monoparentales, aux individus en situation de handicap.

Enfin, et c’est une promesse commune, qu’on ne peut pas prêter toutefois à M. Courtois, expérience oblige, les candidats promettent la transparence. Emile Blondet envisage un budget participatif pour chaque quartier et chaque commune associée, de même que des conseils citoyens sur ces territoires. C’est un engagement commun aux deux candidats de gauche que d’augmenter le soutien aux associations, dans tous les domaines, culturels, sportifs, avec une meilleure lisibilité des politiques suivies, pour les habitants. C’est un engagement commun chez eux que de permettre une revalorisation des quartiers sans que tout soit pensé uniquement pour le centre-ville.

Un choix cornélien ?

La différence entre les deux candidats de gauche est minime. Dans la logique globale, l’approche est la même, mais quelques écarts existent, on le voit, avec un financement peut-être plus complexe pour Eve Comtet Sorabella si elle va au bout de toutes ses mesures, quand bien même il y a de l’argent dans les caisses municipales. Les électeurs auront sans doute du mal à se décider, au-delà des proches des deux candidats. Ainsi faut-il considérer les appareils politiques au niveau national dans le contexte d’élections locales ? Faut-il privilégier la jeunesse ? Faut-il privilégier une femme ? Faut-il envisager une liste de gauche modérée ou une liste plus radicale ? Faut-il considérer ou non que le fait d’avoir vécu longtemps dans la ville soit un atout, ou au contraire, comme dans le passé à Mâcon, qu’une nouvelle figure peut tout à fait gérer correctement la ville ? Faut-il choisir quelqu’un qui a de l’expérience en préfecture et au ministère de l’économie, ou quelqu’un qui exerce le métier d’infirmière ? Toutes ces questions font dire qu’il aurait été mieux pour la gauche qu’il n’y eut qu’une seule liste, mais il faut se rendre à l’évidence, pour les électeurs de gauche, et les autres aussi, les indécis séduits par leurs idées et/ou lassés par vingt années de droite, ce ne sont sans doute que de petits détails qui vont jouer, mais aussi des noms sur les listes, qui peuvent ou non donner confiance, des appartenances aux quartiers, des appartenances associatives, des engagements sincères et connus, des compétences… Il n’y aura plus qu’à attendre ensuite, si deuxième tour il y a, que les deux listes fusionnent, si elles le peuvent, chacun chacune devant alors prendre ses responsabilités.

Face à une droite immobiliste, centrée sur une gestion passive des affaires courantes, sans grande ambition pour la ville et son environnement, peut-on dire que la gauche manque sa chance de retrouver la gestion de la ville qu’elle a eu de 1944 à 2001 ? gestion multidécennale qu’on aurait tendance à oublier, sans avoir à rougir de ce qu’elle a fait pendant tout ce temps, dans des contextes nationaux parfois difficiles, pour l’économie de Mâcon, pour son habitat et tous les défauts de la Reconstruction, surtout pour les infrastructures de communication, toutes ses infrastructures sportives et culturelles, pour son travail avec les associations, quand les conseillers municipaux étaient eux-mêmes engagés dans le monde associatif au-delà de leurs mandats, autre époque que celle de M. Courtois et d’intérêts individuels bien sentis, sans bien voir où est l’incarnation d’un intérêt collectif à droite... Il fut possible de mobiliser la Ville pour sa jeunesse, ce qui semble bien loin, malheureusement, des préoccupations des électeurs des dernières trois décennies, et surtout, premiers responsables, des élus de droite.

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