Municipales 2026 (2/3). Baptiste Delcroix : une extrême-droite sans complexes
Encore inconnu du public mâconnais à la fin 2024, Baptiste Delcroix s’est vite fait remarquer comme le premier candidat déclaré aux élections municipales de Mâcon pour 2026.
D’abord au Modem, puis militant chez Les Républicains (LR), il y est quelque peu malmené en mars 2025, alors écarté de la fonction de représentant départemental de la campagne de Bruno Retailleau pour les élections législatives [1]. Il ne cesse ensuite de se radicaliser vers la droite, sans qu’on sache si c’est par opportunisme ou par honnêteté, rejoignant l’Union des Droites pour la République (UDR), parti de la droite radicale mené par Eric Ciotti. Sur cet épisode des législatives, Baptiste Delcroix, quand il en parle, montre déjà à quel point il est adepte de la désinformation, de la manipulation, affirmant ainsi sur son site qu’il « a rejoint Les Républicains et a été nommé représentant départemental de la campagne de Bruno Retailleau pour la présidence du parti, avant de se retirer suite à des manigances locales et nationales au sein de la direction du parti » [2], ce qui s’avère bien faux. Baptiste Delcroix a un côté un peu trumpiste, créant ses propres vérités, jusqu’à sans doute aller trop loin parfois.
Avant de dresser son programme, Baptiste Delcroix propose des constats étonnants au sujet de Mâcon, parlant d’explosion de l’insécurité, parlant d’impossibilité à circuler sereinement en famille dans les avenues ou sur les quais, parlant de narcotrafics (à la suite de M. Courtois). Devant ces fantasmes, sans éléments chiffrés pour aventurer de tels propos, il propose l’armement des policiers ainsi qu’une exploitation des systèmes de vidéo-surveillance. On sait pourtant que la vidéo-surveillance, déjà très forte à Mâcon, ne résout pas grand-chose. L’armement de la police municipale, à Mâcon, Jean-Patrick Courtois y a résisté pendant de nombreuses années, contre une forme de populisme issu de discours alarmistes qui oublient deux choses, d’abord que les policiers municipaux ne sont pas forcément dans l’attente d’une telle mesure, ensuite que cela augmente le risque d’accidents ou de bavures, plutôt que cela ne dissuade la délinquance. Baptiste Delcroix veut « rétablir la sécurité », comme si elle n’existait pas à Mâcon, avec un lien qu’il établit avec « l’immigration clandestine », autre fantasme, qui semble davantage relever d’une xénophobie que d’éléments concrets. Surtout, il se donne des compétences qui n’existent pas pour un maire : la destruction d’un véhicule, le refus de marier certains couples, la création de fichiers de contrevenants. Il incarne là une certaine forme de démagogie...
S’il peut plaindre les habitants de la ville des augmentations qu’ils supportent, dont beaucoup ne sont pas du ressort de la municipalité, il s’adonne encore à la désinformation quand il traite de la taxe sur le foncier bâti, la voyant augmenter de 95 % entre 2015 et 2025, quand la réalité montre une augmentation, déjà bien importante, de 33 % [3]. Il propose une baisse des taxes foncières pour un meilleur logement, ce qui concerne assez peu les locataires, d’autant moins sans capacité raisonnable de réduire la gestion des ordures ménagères sauf à ce que les habitants traitent leurs ordures eux-mêmes et augmentent les dépôts sauvages…
Un audit, idée miracle de toute campagne, viendrait mettre en lumière les dérives budgétaires et gaspillages de l’équipe municipale précédente, alors que la Cour des comptes régionale a pu elle-même expliquer que les comptes étaient correctement tenus, mais que les dépenses n’étaient justement pas assez importantes au regard des taxes collectées. Mais il peut être opportun, comme un autre candidat, Emile Blondet, le propose, de contrôler comment ont été approuvés certains marchés, ou comment fonctionnent financièrement et politiquement certaines structures comme la SEMA (Société d’Économie Mixte spécialisée dans l’aménagement et la construction). Avec Baptiste Delcroix toutefois ces éléments ne sont pas bien précisés, et le propos pose question quand il explique que « les projets non prioritaires seront suspendus ou redimensionnés », sans qu’on sache là de quoi il parle. Toutefois la transparence est promise, ce qu’on peut retrouver dans chaque autre liste, tandis que les mandats successifs de M. Courtois ont surtout brillé par l’opacité.
Baptiste Delcroix dresse un portrait négatif de la ville : places en crèches insuffisantes, rénovation des écoles en retard, quartiers oubliés, espaces naturels trop artificiels, services publics détériorés, propreté des rues en déclin. Ce sont là des observations que beaucoup de citoyens et usagers font, quand bien même ce peut être sévèrement perçu par des agents municipaux dont l’engagement professionnel pour la ville est souvent salué par les habitants. M. Delcroix s’engage à la rénovation des écoles, au soutien des personnes âgées à travers un label et des structures, avec un coût non précisé dans le programme pour cette délégation de service public auprès de prestataires extérieurs. Il affirme également qu’il va proposer des mesures concrètes pour sauver l’hôpital public de Mâcon, notamment, pour ce qui est palpable, « en recrutant les équipes indispensables pour réduire les délais d’attente », comme si les élus avant lui ne s’y évertuaient pas, ou encore en stimulant la médecine de ville, alors que les incitations existent déjà bel et bien, avec des résultats qui ne sont toutefois pas toujours à la hauteur des besoins. Il souhaite transformer le CH en CHU (centre hospitalier en centre hospitalier universitaire), en outre un grand plan d’innovation, sans qu’on sache bien sur quelles bases légitimer ni financer de tels projets. Il promet du dynamisme, de l’innovation, une amélioration des infrastructures. Ce sont de belles paroles de campagne, c’est une belle manière d’aller chercher des électeurs sur des sujets plus consensuels, sans pour autant que les mesures et leur financement soient toujours précisés... Encore faut-il déjà approuver sa politique de sécurité, de stigmatisation, ainsi qu’accepter ses mensonges et approximations, avant que d’oser croire aux points bien vagues qu’il avance. C’est là le charme d’une campagne…
En matière économique, constatant les difficultés du secteur commercial, Baptiste Delcroix veut un meilleur dynamisme, en particulier sans obstacles administratifs. Il promeut un libéralisme, une liberté économique, avec pour le soutenir une cellule dédiée (mais qui existe déjà), avec plus de manifestations pour attirer le chaland. Mais le libéralisme s’arrête à la vente de produits locaux et français sur le marché, sans trop préciser sur quelles règles légales un maire peut définir ce qui peut être ou non vendu dans ce cadre. Dans le même temps, il souhaite limiter certains commerces, stigmatisant les barbiers et snacks, ses aficionados sous-entendant qu’il s’agit de repères pour le blanchiment d’argent, pour le trafic. Fort de son assurance, M. Delcroix n’envoie ni la préfecture de police ni l’inspection du travail, mais supprime d’autorité, dans ce secteur, toute liberté commerciale.
Sa campagne, ainsi, avec le soutien du Rassemblement national (RN), il la fonde sur une lutte contre certaines minorités, contre des origines étrangères, sous couvert d’anti-communautarisme. Sa campagne, il l’exerce de manière agressive avec sa garde rapprochée, de plus en plus radicale depuis janvier 2025, usant toujours d’approximations, de désinformations, voire d’un révisionnisme étonnant qui peut surprendre quand on sait que ses grands-parents furent résistants pendant la Seconde Guerre mondiale, comme il sait le mettre en avant [4] : comme quoi les générations ne se ressemblent pas toujours, loin de là, tout comme il est souvent bien malsain d’aller chercher dans ses aïeux des talents qu’on n’a pas. Souvent issue des rhétoriques médiatiques de CNews ou du Journal du Dimanche (JDD), deux médias de la droite radicale et de l’extrême-droite, l’idéologie de Baptiste Delcroix ne s’encombre pas des réalités, de la vérité ; au contraire elle déroule à marche forcée pour le gain du pouvoir en profitant souvent de l’ignorance de la population sur de nombreux sujets [5]. Il n’hésite pas à diffuser au besoin des articles de Frontières, magazine intimiste également d’extrême-droite. Alors qu’il lui semblait difficile pendant un temps d’assumer le soutien du RN, il apparaît que Baptiste Delcroix s’en gêne de moins en moins dans sa parole publique. Et plutôt que de respecter les habitants qui veulent faire confiance à des représentants élus pour la gestion des affaires politiques et publiques, il tend davantage à se moquer d’eux en leur faisant avaler tout et n’importe quoi. Est-ce là toujours le charme d’une campagne ?
Pour les questions culturelles, pour le sport, le programme est assez creux, sans grande originalité. De même pour les transports, cela ne semble pas être un sujet (sauf à parler d’embouteillages qui seraient insupportables pour les Mâconnais…). L’urbanisme n’est également pas envisagé, ou bien de manière très implicite. Les responsabilités de la MBA, en tant que communauté de communes, ne sont pas discutées, mises à l’écart du propos dans la campagne.
Sûr de lui, et c’est une qualité certaine en politique, Baptiste Delcroix s’appuie sur le succès qu’il connaît dans ce qui reste un microcosme pour la politique, les réseaux sociaux, jusqu’à perdre pied, gagnant en agressivité et en repli politique identitaire. Il insulte ses contradicteurs, sans aucune humilité. Ses proches dans la campagne, comme l’avocat Jean-Philippe Belville [6], usent et abusent de l’intelligence artificielle pour détourner l’image de leurs adversaires, dans une campagne à l’américaine, trumpiste. C’est loin d’être rassurant pour un maire qui doit s’occuper de toutes et tous une fois élu. Dans l’attente d’un changement de méthode après Jean-Patrick Courtois, fermé dans ses idées et rarement ouvert au débat, beaucoup de citoyens pourraient craindre que M. Delcroix soit du même acabit, surtout au regard de la manière dont il traite ses opposants politiques. Il est allé très loin lorsqu’il a décidé de s’attaquer à une colistière d’une liste d’opposition, avec alors de sa part une forme d’islamophobie, dans un amalgame condamnable entre pratique de l’Islam et islamisme, tandis que pour la religion catholique il remet en question la valeur de laïcité (notamment sur le sujet si brûlant des crèches dans les mairies). Si une telle attitude peut plaire, on l’observe, aux quelques militants de la droite radicale ou de l’extrême-droite qui s’échauffent quotidiennement sur les réseaux à ses côtés, à son service, il n’est pas sûr que ce soit une stratégie gagnante que cette stigmatisation communautaire dans le processus de sa campagne.
Mais si dans des élections raisonnables un tel candidat ne dépasserait pas 4 ou 5 % des suffrages, la tendance actuelle à l’islamophobie, au rejet de quelque immigration que ce soit, peut faire penser qu’une telle liste peut avoir un certain succès, dans une période de crise, d’autant plus en usant de manipulations de l’information. Certains seraient heureux qu’il joue le rôle d’idiot utile en prenant des voix à M. Courtois, mais il n’est pas certain qu’on puisse, pour quelque raison que ce soit, se réjouir d’un vote de haine, d’où qu’il vienne.
Alors qu’il veut incarner la sécurité, finalement Baptiste Delcroix incarne davantage plusieurs formes d’insécurité, l’insécurité intellectuelle et démocratique, quand l’ignorance, la désinformation et la diffamation l’emportent sur la vérité, et ce au-delà de ses opinions, puissent-elles être respectables, l’insécurité publique, quand son groupe de soutien numérique partage des messages xénophobes et de haine, constituant une menace pour certains habitants de la ville, l’insécurité économique, quand on peut douter que de l’extérieur on aborde sereinement quelque investissement que ce soit dans une ville menée par l’extrême droite. Le bilan politique des mairies FN-RN ou assimilés UDR ne jouent pas en sa faveur, loin de là...
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