Municipales 2026 (1/3). Droite et centre, un homme plutôt qu’un programme, Jean-Patrick Courtois

, par La Rédaction

En 2020, Jean-Patrick Courtois avait réalisé avec sa liste un score de près de 61 % des suffrages exprimés, avec alors un taux d’abstention très important, comme dans beaucoup de villes, du fait de l’épidémie de Covid-19. Il avait obtenu 3 580 votes, contre 1 717 pour la liste de gauche, quelque 498 pour le RN. Si ce score forçait le respect, sans deuxième tour nécessaire, il cachait une lassitude, peu exprimée dans les urnes donc, mais aussi sans doute après trois mandats routiniers, une peur du changement. Avec 19 494 inscrits, M. Courtois ne mobilisait finalement que 18 % des citoyens, mais, donc, 61 % des votants ! Le quatrième mandat, de 2020 à 2026, fut particulièrement atone, sans pour autant que le maire sortant se sente menacé d’un échec, semble-t-il.

Mais que reste-t-il de ce professionnel de la politique ? Et qu’a-t-il fait pour Mâcon ? Il incarne deux domaines, l’économie, mais en dehors du commerce, et le sport, incarnant le lien entre le monde de l’entreprise et l’activité physique. Mais il n’est pas besoin d’aller chercher le classement des villes où il fait bon vivre, dans lequel la ville est à la peine, pour voir que Mâcon n’est pas à la hauteur de ce que pourraient en attendre ses administrés, ses habitants.

Des bilans peu reluisants

A la suite du bilan que nous avions dressé en 2021, nous observons de petits changements positifs à Mâcon, mais globalement des stagnations, avec un bien-vivre toujours fragile [1].

La population de la ville de Mâcon augmente depuis 2016, après 40 années de diminution. En sept ans, sur les chiffres disponibles jusqu’au dernier recensement de 2023, la ville a gagné 2 000 habitants, soit une croissance annuelle de 0,73 %. Cette croissance peut être le fruit d’un certain dynamisme économique, associé à l’emplacement de la ville comme carrefour sur les voies de communication, à proximité de Lyon. Le solde naturel positif diminue, avec un taux de natalité en baisse et un taux de mortalité en hausse ; toutefois les arrivées de population sont maintenant plus nombreuses que les départs, de 2016 à 2022, une première depuis 1975.

Sur 17 000 ménages, 50 % sont composés d’une seule personne en 2022, contre 47 % en 2016, pour 22 % des hommes, et 28 % des femmes. Cela concerne 25 à 30 % des ménages avant l’âge de 55 ans, 35 à 40 % de 55 à 79 ans, pour dépasser 55 % à partir de 80 ans. Ce taux de 50 % est de 10 points supérieur à celui de l’intercommunalité Mâcon Beaujolais Agglomération (MBA), tout comme au taux national. Le nombre de logements a augmenté, on en compte 19 320 (dont globalement un quart de maisons pour trois quarts d’appartements), et le nombre de logements vacants a diminué, à 1 666, passant de 9,7 % du parc à 8,6 %, entre 2017 et 2022. Si ce taux reste élevé, il apparaît toujours comme plus faible que dans les villes équivalentes.

36,7 % des résidences principales sont en propriété (pour 12 419 habitants), 62 % en location (pour 20 904 habitants), avec précisément 33,7 % de locations en HLM, soit la moitié des locations (et 13 202 habitants concernés).

L’importance accordée à la voiture a très peu bougé en cinq ans, sans efforts suffisant de l’équipe de M. Courtois, et la situation est bien moins bonne qu’au niveau national. Mâcon n’est toujours pas un modèle, loin de là, en matière de maîtrise de la pollution, ainsi quand on effectue une comparaison des stations sur le site web « Atmo » de la région Bourgogne Franche Comté.

Le taux de chômage, après une augmentation substantielle de 14 à 19 % entre 2007 et 2017, a un peu diminué, à 16 % en 2022, mais pour repartir ensuite à la hausse avec 5 360 demandeurs d’emploi en décembre 2025 ; il est d’autant plus élevé en proportion que le niveau de diplôme est bas, en outre de l’emploi précaire qui concerne aussi les populations les moins diplômées et les plus défavorisées. Le taux de chômage est de 7 à 7,5 % selon les trimestres en France depuis 2022, mais toujours plus élevé dans les villes. Dans la communauté de communes MBA, le taux est ainsi plus bas, à 10,6 % en 2022, notamment plus faible à partir de l’âge de 25 ans, quand il reste toujours élevé chez les 15-24 ans. 64 % des habitants de la MBA travaillent dans une autre commune que la leur, taux qui tombe à 37 % pour les habitants de la ville de Mâcon [2].

Le taux de pauvreté a encore augmenté, passant de 23 à 25 %, et surtout toujours au-dessus de 28 % dans les âges avant 50 ans. Ce taux de pauvreté, défini par un revenu inférieur aujourd’hui à 1 288 euros pour une personne seule, est passé de 13 à 15 %, soit 10 points de moins qu’en ville, au niveau de l’arrondissement (et au-dessus de 18 % avant l’âge de 50 ans). La médiane du revenu disponible par unité de consommation est de 19 320 euros (contre 22 880 euros au niveau de l’arrondissement). Pour les propriétaires la taxe foncière a augmenté de manière importante [3].

En 2024, 661 entreprises ont été créées à Mâcon, sur 1 257 dans l’arrondissement, surtout des entreprises individuelles, ainsi pour 495 d’entre elles (soit 74,9 % sur les deux niveaux communal et d’agglomération). Ainsi les nouvelles entreprises créatrices d’emplois sont limitées.

Le taux de vacance commerciale ne diminue pas, certaines rues se vident complètement. Malgré une « Action Cœur de Ville » coûteuse au niveau national, M. Courtois n’a pas su sortir Mâcon des difficultés inhérentes à l’évolution du commerce. S’il y a eu des aides et incitations, notamment pour les commerces éphémères et avec un circuit gratuit de bus, cette politique a été finalement peu incarnée concrètement, au niveau municipal comme au niveau communautaire. Pour les clients, il n’y a pas eu d’incitations véritables, ni de locomotives dignes de ce nom. La qualité salariale et les patrimoines ne permettent pas toutefois une activité commerciale importante. Si le commerce du centre-ville est en souffrance partout, il l’est d’autant plus à Mâcon que le pouvoir d’achat peut y être moins important qu’ailleurs (par exemple dans une ville équivalente comme Gap).

Un programme politique peu respecté

Les quatre axes du programme de Jean-Patrick Courtois, en 2020 ? « Nous accentuerons notre engagement pour l’environnement et la transition écologique », avec un bilan pour le moins léger. « Nous veillerons à développer toujours davantage les services de proximité et les relations humaines », mais surtout finalement pour la fermeture de ces services. « Nous garantirons un cadre de vie sûr et apaisé », avec une ville qui reste bien sécurisée globalement mais tout de même avec une délinquance réelle. « Nous continuerons de porter comme étendards le dynamisme et l’attractivité de notre cité », avec une stabilité économique à ce sujet, mais une déroute continuelle en matière commerciale.

Citons quelques points non réalisés ou particulièrement loupés du programme :

  • la fermeture de la déchetterie de la Grisière avec la fin du passage des camions : au contraire le passage des camions peut augmenter par la création d’une zone artisanale et commerciale, avec une déchetterie toujours bien présente,
  • l’amélioration des rejets dans la Saône : alors que des rejets polluants ont été effectués sur certains chantiers, sans contrôle, et que les rivières qui tombent dans la Saône sont particulièrement polluées,
  • la conversion à l’hydrogène des bus de ville : ce qui n’est plus d’actualité,
  • les produits bio à la cantine : quand 6 ans plus tard la ville est bonne dernière du classement national ! [4],
  • la lutte contre les incivilités : les coups et blessures ont augmenté et les trotinettes sont mal contrôlées,
  • des caméras préventives et répressives : certes en plus grand nombre mais sans résultats d’ampleur sur la délinquance hormis, mais à relativiser, contre les dépôts sauvages et quelques infractions au code de la route,
  • le meilleur réseau de bus : sans parvenir à un plan cohérent et à des horaires satisfaisants,
  • « penser la ville en concertation avec les responsables associatifs » : alors que le maire est loin d’être un homme d’échange, de discussion, de dialogue,
  • la création d’une cité judiciaire : sans avancées véritables ni début de chantier,
  • le développement de l’enseignement supérieur : un échec du député Benjamin Dirx en particulier,
  • la rénovation urbaine de la Chanaye : toujours repoussée et seulement enfin esquissée,
  • celle non prévue des Blanchettes.

Redisons-le, il n’y a que dans le secteur économique que le compte y est, ou presque, avec une tendance pour la majorité à gonfler son bilan, et des résultats décevants concernant la Cité de l’Entreprise. En matière culturelle, le programme était pauvre, avec toujours un vrai problème de lisibilité et de transparence sur le financement des associations de manière générale.

Bien sûr, malgré tous les points négatifs, malgré les promesses non tenues, on peut aussi dire que Mâcon fonctionne, qu’elle ne souffre pas financièrement, qu’elle peut même investir. On peut dire que Mâcon, malgré des incivilités et malgré une délinquance parfois violente, est une ville sûre, où on peut se promener sans craintes. Mais on peut en attendre bien plus, et regretter une forme d’immobilisme dans le travail de la majorité des six dernières années, voire au-delà.

Parmi les points mis en positif récemment par le Journal de Saône-et-Loire dans son bilan des maires (dans son édition du 26 janvier 2026), il y a les aménagements du centre-ville, sans qu’on sache bien qui peut en être satisfait, entre minéralisation constante, absence de verdure, déracinement des arbres qui donnaient de la fraîcheur, et sans capacité dans ces aménagements pour un dynamisme commercial (ce que le journal affirme bien par ailleurs, mais sans établir de lien entre les deux dossiers). Ce qui n’est pas discutable, c’est la rénovation des logements gérés par Mâcon Habitat, en particulier pour l’isolation thermique, et la rénovation du chauffage urbain.

Ces points positifs cachent mal les promesses non tenues, de même que les échecs d’ampleur, celui des Halles Saint-Pierre, ou encore celui de la Cité des climats et vins de Bourgogne… Le Journal de Saône-et-Loire met en point positif un maire qui explique bien gérer les finances « en bon père de famille » (sic), sur une « gestion financière unanimement saluée », citant ainsi M. Courtois sans aller chercher ailleurs, notamment auprès d’une Cour régionale des comptes qui fut particulièrement critique sur le sujet ! [5]

Terminer le mandat en inaugurant une petite salle de spectacles de 70 places, mais qui vient en concurrence d’autres sans que ce soit forcément justifié, une voie verte de deux kilomètres sur une ancienne voie ferrée, et un abri à vélo, dans une valse effrénée de coupures de rubans peu avant les élections [6], cela peut rassurer sur des thématiques particulièrement éloignées de la majorité, mais c’est bien léger. Par ailleurs, cela pose question sur le respect du code électoral. Ainsi celui-ci stipule, dans l’article L52-1, que « à compter du premier jour du sixième mois précédant le mois au cours duquel il doit être procédé à des élections générales, aucune campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d’une collectivité ne peut être organisée sur le territoire des collectivités intéressées par le scrutin » [7]. Si la jurisprudence n’empêche pas les inaugurations dans cette période, ces pratiques sont encadrées pour en éviter les abus. On notera ainsi que la multiplication inhabituelle d’inaugurations dans une période rapprochée, avant une élection, comme on le voit en janvier et en février 2026, notamment si les dates sont avancées et que le rythme est exceptionnel par rapport aux années précédentes, peut être considérée par le juge comme une manœuvre de nature à altérer la sincérité du scrutin, pouvant conduire à une annulation de l’élection [8]. Le petit jeu d’une absence de candidature déclarée avant le 5 février, relayé par le Journal de Saône-et-Loire alors que M. Courtois avait clairement fait part de ses intentions auparavant, ne semble pas recevable en l’état [9]. Et le fait de projets toujours lancinants, jamais terminés, toujours reproduits dans les programmes, c’est une ficelle un peu grossière qui ne peut plus tromper grand monde après quatre mandats…

Vers un cinquième mandat ?

N’ayant pas hésité à se présenter pour un cinquième mandat, riche d’un réseau fidèle, M. Courtois, malgré un bilan décevant, peut tout à fait l’emporter aux prochaines élections municipales. L’abstention probablement forte, l’absence d’implication politique démocratique de citoyens désabusés à tout niveau par leurs représentants, voilà qui fait aussi son jeu, sa chance, au-delà de son côté patriarcal qui en rassure certains. Si M. Delcroix peut jouer le rôle d’idiot utile en prenant des voix à la droite et en permettant peut-être un deuxième tour, aussi hypothétique soit-il, on peut imaginer aisément repartir pour sept années moribondes à Mâcon…

Si l’on exhume les écrits de gauche depuis les archives du web, on observera que les reproches ou récriminations à l’égard de la majorité de Jean-Patrick Courtois n’ont pas beaucoup changé en dix ou vingt ans, et surtout qu’il n’a jamais rien entendu de ces critiques, sans envie d’avoir une approche politique pluraliste. Le site des l’association « Mâcon choisit l’avenir », jusqu’en 2009 [10], ou le site des « Elus de gauche de Mâcon », jusqu’en 2014 [11], ne pointent pas beaucoup d’autres sujets et critiques que les publications de « Mâcon Citoyens » et de « Mâcon Demain ». Les autres oppositions, que ce soit du FN et du RN, ou d’un dissident LR comme Jean-Philippe Belville, se sont par contre toujours montrés brillants dans leur inactivité politique locale, hormis lors des échéances électorales.

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