Le JSL et son irresponsable sondage

, par La Rédaction

Le 28 janvier 2025, le Journal de Saône-et-Loire joue au jeu dangereux du sondage rhétorique, si cher à d’autres médias de droite comme CNews. La question posée aux internautes est ainsi la suivante : « Mâcon : après les violences urbaines, faut-il armer les policiers municipaux ? » Un sondage biaisé, pour ne pas dire irresponsable.

Ce sondage nous renvoie à une longue tradition de sondages politiques biaisées de la part de certains médias, notamment de droite, comme Le Figaro, BFM-TV ou encore CNews donc. La mise en avant des violences urbaines dans la question, et le fait de poser la question peu après ce qui s’est passé aux Saugeraies, tout cela tend à influencer les réponses car mise dans un contexte choisi pour obtenir une réponse instinctive. Il en va de même pour ces exemples qui conduiraient à une plus grande punitivité :

  • Faut-il rétablir la peine de mort pour les violeurs d’enfants ?
  • Suite aux violences, pensez-vous que la délinquance a augmenté ?
  • Après ce week-end au cours duquel des véhicules ont été incendiés, faut-il expulser tous les étrangers en situation irrégulière ?

Proposer ce type de sondage, comme le fait le Journal de Saône-et-Loire, c’est participer à l’évolution des politiques de répression, et c’est parfois développer le racisme, la xénophobie. C’est participer à exciter la haine. Répondre oui sera de l’ordre du bon sens, puisque ce sera induit par la question (« évidemment que oui », « carrément », « bien sûr que oui », voire, coquasse, « félicitations c’est un grand oui », lit-on par exemple sur le fil Facebook associé au sondage). Répondre non supposera d’argumenter, comme cela va à l’encontre de la question (en donnant l’exemple d’autres villes où cela ne change rien, en critiquant la forme du sondage, en proposant d’autres solutions).

Des internautes remettant en question le sondage se sont plaints d’avoir vu leur commentaire censuré. Si on lit parfois les réponses à ce sujet de la rédaction du journal, c’est une censure par Facebook plutôt que par le média mâconnais. Notons enfin qu’au jeu de répondre en masse abusivement à ce genre de sondage (plusieurs fois sur des ordinateurs ou smartphones différents, par une même personne, ou par diffusion), ce sont les groupes idéologiques d’extrême-droite qui en ont l’apanage.

Le résultat au sondage, donné par le journal dans son édition imprimée du 29 janvier 2025, est sans appel (et sans regard critique sur la méthode) : 81 % des personnes qui ont répondu sont favorables à ce qu’on arme les policiers municipaux !

Et si les questions des sondages étaient les suivantes, quelles seraient les réponses ?

  • Votre enfant (ou votre petit-enfant) pouvant se retrouver parmi un groupe violent le soir, faut-il armer les policiers municipaux ?
  • Si votre enfant dérobe un livre à la Fnac, faut-il l’envoyer en prison ?

En 2019, le site parodique du Gorafi raillait cette tendance, avec la question suivante : y’a-t-il trop d’immigrés pour vous en France ? et en proposant deux réponses, « Oui », et « Non... On déconne bien que sûr que oui »... [1]

Mais le sujet n’est pas si drôle, et engage ici la responsabilité du Journal de Saône-et-Loire, qui dépasse ce simple sondage. Dans un article du 29 janvier, le titre est « Après les émeutes, faut-il développer et armer la police municipale ? », alors qu’il n’y a pas eu d’émeutes, dont la définition même suppose des manifestations populaires de masse, ce qui n’est pas le cas ici. On peut y observer, notons le, que le maire Jean-Patrick Courtois ne se laisse toujours pas convaincre, lui, et refuse cette proposition.

Le problème dépasse cette question, et regarde aussi la gestion des réactions aux articles du média, relatifs aux violences aux Saugeraies, sur les réseaux sociaux. Le Journal de Saône-et-Loire y laisse se déverser paisiblement des propos racistes et xénophobes dans les commentaires. A un article du 27 janvier, un internaute répond qu’il « faut faire comme Trump virer tout ce qui n’est pas français », quand dans de précédents articles un autre exprimait qu’il fallait les renvoyer au bled, ou que « c’est pas la mosquée à côté qui est touchée, comme par hasard tiens ! », dans un ensemble de commentaires qui relève d’une liberté d’expression à la sauce Musk, où la haine côtoie le racisme et l’idée d’une répression totalement décomplexée (autant qu’inefficace). Alors que Facebook censure certaines messages sans que les personnes concernées le comprennent toujours, ni Facebook ni la rédaction du Journal de Saône-et-Loire ne suppriment les messages racistes ou xénophobes, appelant à la haine, même après signalement.

Quid de cette question biaisée de sondage : faut-il laisser l’Etat continuer de verser des subventions à des journaux qui ont un parti pris idéologique prononcé ?