Le Pont aux Juifs de Mâcon redécouvert
Dans le cadre d’une démolition d’un bâtiment et de la construction prévue à la place d’une résidence d’habitation, un monument méconnu du patrimoine mâconnais a été mis au jour : le Pont aux Juifs de Mâcon.
Au bord du rond-point de la place Gardon, au croisement entre la rue de Paris et la rue du 28-juin-1944, un permis a été accordé pour une résidence avec un parking souterrain. Depuis que l’ancien bâtiment a été détruit, et maintenant que les remblais ont été retirés, on observe la présence évidente de vestiges. Tout juste à l’extérieur des anciens murs de la ville, nous sommes en plein dans l’ancien quartier juif de Mâcon. Et c’est certainement à l’endroit précis des travaux que se trouvait le Pont aux Juifs, ou pont hébraïque (Pons Hebreorum), recouvert depuis le début du XIXe siècle. On observe là l’ancien passage du Ruisseau des Rigolettes, qui descendait depuis Charnay-lès-Mâcon jusqu’à la Saône, en passant par le vallon du même nom, puis près de l’Hôtel-Dieu actuel pour rejoindre la place Gardon actuelle.
Ce quartier juif, avant les successives expulsions de cette communauté du royaume de France jusqu’au milieu du XIVe siècle, était un quartier important, avec peut-être une cinquantaine de familles, dans ce qu’on nomme aujourd’hui le faubourg Saint-Antoine, avec des maisons s’étendant jusqu’à l’actuelle rond-point de Neustadt, avec une culture des terres environnantes et de vignes. Le cimetière juif était possiblement localisé sur la colline des Épinoches, appelée Mont Juif, dans les environs du terrain actuel de l’INSPÉ consacré à la formation des enseignants. Plusieurs historiens ont étudié le sujet, dont Gabriel Jeanton et Georges Duby, pour ne citer que les plus connus, avec des sources et des plans qui sont sans équivoque.
Avec la destruction de l’ancien bâtiment, on entre semble-t-il dans le cadre légal d’une « découverte fortuite », qui oblige le propriétaire à cesser les travaux et à déclarer sa découverte à la Mairie, en respect des articles L531-14 à L531-19 du Code du Patrimoine. Ce cadre d’une « découverte fortuite » peut amener la Mairie à faire un dossier pour la Préfecture et les services archéologiques compétents. Alors il convient de voir si le site présente un intérêt public pour des recherches.
Espérons qu’il ne soit pas trop tard, après de nouveaux terrassements, pour au moins prendre le temps d’observations suffisantes, voire pour une politique de conservation si l’emprise du nouveau bâtiment ne vient pas menacer l’ancien pont. Les passants sont interpelés depuis quelques jours par ce qu’ils découvrent à cet endroit, à juste titre sans doute mais sans trop savoir qu’ils voient là l’ancien cours des Rigolettes et le fameux Pont aux Juifs qui, déjà présent au XIIe siècle dans le quartier juif, a continué de permettre le passage du ruisseau jusqu’au début du XIXe siècle, avant l’enterrement, dans une canalisation, du cours d’eau.
Ajout du 27 juin : normalement des relevés doivent être effectués pour garder traces des vestiges dans des documents, mais pour l’heure il n’est pas évident que le pont soit conservé. Une pétition a été lancée par des habitants mâconnais sur https://chng.it/nN2QS8f9pq (change.org)
Ajout du 10 juillet : dans un article du Journal de Saône-et-Loire, on apprend que les vestiges du pont seront conservés. Quand bien même tout le reste des vestiges a été détruit, c’est une bonne nouvelle. On notera malheureusement que le journaliste laisse les responsables du chantier réécrire l’histoire de cette affaire, en se mettant à l’honneur sans faire mention des alertes citoyennes, ni du travail de l’Indépendant Mâconnais ! On retrouvait cette même tendance dans un article antérieure mettant en scène des fouilles relatives à l’ancienne faïencerie, dans cette même zone. Rappelons donc ici que, sans les alertes, notamment auprès de la Mairie, il n’y a aucune garantie que le chantier ait été stoppé...
Ajout du 25 juillet : dans le Canard enchaîné en date du 24 juillet, une brève en huitième page revient sur cette affaire du Pont aux Juifs de Mâcon, pour en dire l’essentiel en quelques mots. Concernant par ailleurs la Ville de Mâcon, représentée par son maire Jean-Patrick Courtois, elle montre un intérêt particulièrement faible pour le sujet, pour ne pas dire nul, à travers un échange lors du Conseil municipal du 8 juillet [1].







